La journée philosophique

Préparation


Réunion du mardi 22 septembre 2009 en vue de l’organisation de la journée philosophique.

L’animal et l’homme.

Lors des journées philosophiques, il nous semble toujours intéressant d’ouvrir à d’autres horizons et de nourrir la sensibilité. L’idée est de donner à penser. L’an dernier un travail commun a été fait avec les professeurs d’économie, cette année le thème : « l’animal et l’homme » va permettre d’œuvrer notamment avec nos collègues spécialistes de biologie et avec les professeurs d’arts plastiques et de danse. Le thème choisi cette année est vaste. Mais, quelques domaines et pistes ont été examinés en vue de donner forme aux interventions de la journée. Ce compte-rendu n’est pas un programme définitif : il est fait pour préciser l’esprit dans lequel nous abordons cette journée.

1) Qu’est-ce que l’observation et la présence des animaux nous apprennent sur les êtres humains ?

a) Comparaison n’est pas raison mais il n’empêche que l’éthologie animale et les documentaires animaliers sont souvent passionnants car ils mettent en lumière bien des aspects de la vie animale très éclairants pour saisir les comportements humains.
Nous avons, à ce propos, évoqué
- le film d’Alain Resnais : Mon oncle d’Amérique, œuvre construite sur une comparaison menée par le professeur Laborit entre comportements humains et réactions de rats en laboratoire.
- également des reportages sur le clan des Suricates, mangouste d’Afrique ayant une organisation sociale étonnante.
- Jean-Baptiste Lemarchand propose de faire travailler quelques comédiens du « Théâtre de l’impossible » sur les comportements animaux. Il est clair également que la section Danse du lycée a de quoi, avec ces considérations, nourrir son inspiration.

b) Un monde où les animaux sont absents – et c’est de plus en plus le cas en Occident – risque d’être aussi désert qu’aseptisé. D’ors et déjà, un vide curieux nous indique même peut-être qu’en perdant cette compagnie des autres animaux, nous perdons aussi un regard sur nous-mêmes et une richesse relationnelle.
Nous aimerions beaucoup, lors de cette journée - accueillir au lycée un ou des animaux de grande taille – poney, cheval, brebis, mouton. Pas pour créer l’événement à tout prix : cela nous semble aller dans l’esprit même du travail que nous désirons engager en commun.
- recenser ceux qui y sont déjà et mettre en valeur et utiliser la collection d’animaux empaillés (oiseaux, reptiles et petits mammifères notamment) qui est présente en salle de laboratoire de S.V.T.
- solliciter aussi le musée d’histoire naturelle du Havre qui pourrait bien nous prêter d’autres animaux empaillés.
- travailler plastiquement sur la présence physique de l’animal : forme, odeur, peau.

Nous nous sommes interrogés aussi sur le statut des épidémies, des pandémies ainsi que sur les conditions d’hygiène lorsqu’un transport d’un animal a lieu. Questions qui semblent bien passer par un examen de ce que la domestication et l’entretien des animaux impliquent comme contraintes diverses. L’enjeu est sans doute aussi de penser une domestication de l’animalité de l’homme lui-même et les analyses de Michel Foucault sur le biopouvoir, prolongées par celles de Giorgio Agamben peuvent être éclairantes sur ce point.
Nous songeons aussi à inviter un(e) vétérinaire pour nous parler de ces questions.

2) Le statut éthique de l’animal.

Les philosophes utilitaristes (de Jeremy Bentham à Peter Singer) ont été toujours intéressés par cette question qui se pose aussi évidemment dans d’autres contextes philosophiques.
La vivisection, l’interdiction des vêtements en fourrure, les législations protégeant les animaux ont été évoquées pour aborder ce thème avec les élèves.
Le livre de Jean-Yves Goffi : Le philosophe et ses animaux, éd. Jacqueline Chambon permet de bien saisir les enjeux généraux du statut éthique des animaux dans la pensée contemporaine.

3) L’animalité de l’homme.

Nous songeons d’abord à une intervention sur le Darwinisme faite par un collègue biologiste.
Parmi les animaux, l’homme est le plus grand prédateur. Chasseurs et pêcheurs, les animaux sont pour nous des proies et donc … ces êtres vivants que nous mangeons. Mais la modernité, par ses techniques et son occultation du statut violent du vivant, a tendance à faire oublier la présence des animaux dans nos assiettes. L’idée serait de le rappeler éventuellement en proposant, en étroite coopération avec le personnel de la cantine, un repas végétarien.
On n’oubliera pas, non plus, que la reproduction est une des fonctions centrales de l’animalité : les progrès faits pour la maîtriser ou, du moins, la réguler chez les êtres humains, comme chez les autres animaux, constituent un des grands événements silencieux du siècle dernier qui a eu des répercussions énormes sur les mœurs et la façon de vivre : nous songeons à la pilule, mais aussi maintenant aux pratiques de fécondation in vitro, au clonage, etc.
Enfin, d’Aristote à Giorgio Agamben actuellement, en passant par le riche usage symbolique des animaux dans la pensée médiévale, l’animalité de l’homme est un objet d’étude philosophique qui pose aussi la question des limites de l’humanité : une déshumanisation peut avoir lieu par excès ou par manque d’animalité, par régression ou par abstraction. Dans les deux cas, la bestialité guette sûrement.

4) Aspect symbolique et imaginaire de l’animal.

Ce sujet est aussi riche que le bestiaire produit au fil des siècles par l’observation et l’imagination humaine. Héros malheureux de La métamorphose de Kafka, créatures de l’île du docteur Moreau, mythes divers qui traversent la littérature fantastique ou pratiques religieuses (totems, représentations symboliques dans les religions du livre, dieux égyptiens, etc.), loup Garou, légende d’Actéon, sphinx, minotaure : la liste des êtres mi-homme, mi-animal est fort longue. Dans la psychanalyse, l’homme aux rats, les rêves où les animaux sont omniprésents, l’investissement pathologiques sur des animaux particuliers (phobies, fantasmes, etc.) demanderaient sans doute aussi à être interrogés. Sans compter que l’art a toujours aimé les bestiaires et les animaux. Nous avons aussi songé à la place des animaux dans l’art contemporain et notamment dans la peinture, la photographie (William Wegman) et les installations.

Ont assistés à cette réunion, Barbara Cooper (Professeur d’anglais), Anne Rossignol (CDI), Alain Santschy (Plasticien), Jean-Baptiste Lemarchand (Professeur d’arts plastiques) et Christian Swit et Didier Guilliomet (professeurs de philosophie).

Contact : Didier Guilliomet
didier.guilliomet@sfr.fr
0623611377

 

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